RENDRE SACREE LA MANGROVE POUR UNE MEILLEURE CONSERVATION DE LA BIODIVERSITE
Depuis quelques années, l’urbanisation, le développement des activités humaines notamment celles génératrices de revenus abondent et la demande croissante de bois ont considérablement réduit les mangroves, laissant des conséquences graves sur l’environnement. Le cas de la mangrove dans les zones côtières du Bénin inquiète et nécessite une mesure de conservation appropriées

Les mangroves sont des forêts tropicales et subtropicales qui se développent en zone côtière. Formant une interface unique entre les écosystèmes terrestres et marins, elles abritent une biodiversité encore en partie méconnue, stockent d’importantes quantités de carbone atmosphérique et offrent de nombreux bénéfices aux populations côtières. Les arbres qui composent les mangroves, appelés palétuviers, présentent ainsi des adaptations très particulières afin de pouvoir vivre dans ces milieux. Les mangroves constituent également l’habitat de nombreuses espèces, et de nouvelles y sont encore parfois découvertes.
Selon Gédéon Anagonou, chercheur en aménagement et gestion des ressources naturelles et de la biodiversité au Laboratoire d’écologie appliquée à la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), au Bénin, les mangroves assurent la protection des côtes contre les vagues et l’érosion due au vent, la conservation de la diversité biologique, la réduction des quantités excessives de polluants, la fourniture de frayères et de nutriments pour de nombreuses espèces de poissons et de crustacés.
Elles constituent des ressources halieutiques et aussi des sites pour l’écotourisme.
Seulement, la forte pression démographique qui s’exerce sur les zones concernées a entrainé la réduction et la dégradation des mangroves.
Malgré cela, les mangroves font face à d’importantes destructions, notamment en raison de la déforestation.
Les mangroves ont perdu beaucoup d’espace de leur superficie dans certaines régions menaçant d’extinction de nombreuses espèces et rendant les populations côtières plus vulnérables aux catastrophes naturelles.
Aux causes anthropiques directes comme la déforestation, premier facteur de ce déclin, s’ajoutent aujourd’hui les conséquences du changement climatique s’exerçant de façon particulièrement intense sur les mangroves.
Au nombre des activités décriées, on compte la production du sel, généralement assurée par les femmes, ce qui nécessite une forte utilisation du bois de mangroves, notamment l’avicemia africana et risofora racephora, les principales espèces qu’on y retrouve.
Les écosystèmes côtiers tels que les mangroves se trouvent sous la menace de divers aménagements; ceci se caractérise par une diminution importante de leurs étendues.
Mesure de protection
Pour freiner la dégradation de l’écosystème, outre les actions de sensibilisation à grande échelle, il y a la création de plantations de bois-énergie et l’introduction dans les villages riverains d’autres activités génératrices de revenus susceptibles de contribuer à lutter contre la disparition de cette ressource. Il faut protéger les mangroves pour les générations futures qui risquent de ne pas connaitre en leur temps ces espèces.

Au Bénin, certaines forêts sont interdites de chasse et de fréquentation pour assurer une meilleure protection de l’environnent. Elles sont appelées forêts sacrées. C’est une mesure prise en collaboration avec les gardiens de la tradition pour amoindrir la pression anthropique et ses effets sur l’environnement. C’est une stratégie novatrice qui a connu du succès et il serait bien de l’expérimenter également dans le cadre de la protection de la mangrove.
En effet, d’après les initiatives menées par Eco-Benin, avec l’appui de la coopération technique allemande GIZ en collaboration avec l’IUCN NL, dans le cadre du processus de création de la réserve de biosphère du Delta du Mono, après les nombreuses sensibilisations des populations sur les règles locales de gestion de leurs propres ressources suite aux zonages participatifs du site, il est procédé avec les acteurs locaux et les gardiens de la tradition à la sacralisation des zones de mangrove. Dans le cas d’espèce, près d’une centaine d’hectares de mangrove appartenant aux noyaux centraux de la réserve est sacralisée sous les divinités du fantôme de nuit ‘’Zangbéto’’ et de ‘’Avlékété » avec la participation active de la population locale. Ces mangroves sacrées viennent pour renforcer les règles d’interdiction stricte de coupe du bois énergie et autres dans ces aires centrales. C’est un modèle de protection et de préservation de la mangrove qui va assurer la régénération des ressources aussi bien halieutiques que de végétales. Il conviendrait, pour les différents acteurs engagés dans la lutte pour la protection et la sauvegarde de la biodiversité, de mener des réflexions et d’agir pour une synergie d’actions afin d’élargir cette initiatives dans les autres réserves de biosphère au Bénin.
Conclusion
Les mangroves fournissent d’importants services éco systémiques, c’est-à-dire qu’elles contribuent de multiples manières au bien-être des sociétés humaines. En effet, non seulement elles fournissent des ressources économiques aux populations locales, mais elles les protègent également contre les événements climatiques extrêmes en servant de barrière naturelle aux tempêtes et aux inondations. Les mangroves sont également des écosystèmes particulièrement riches en carbone, qui pourraient contribuer aux stratégies d’atténuation du réchauffement climatique.
Il serait utile d’arpenter la piste de la sacralisation des mangroves de manière à l’élargir aux autres zones humides peuplées de mangroves pour renforcer leur protection.
MISSEHOUNTON Ghislain, Directeur Exécutif de l’ONG CADID.
