CONSERVATION DES PRODUITS HALIEUTIQUES : L’URGENCE DE L’ADOPTION DES METHODES DE FUMAGE SAINES ET RESPECTUEUSES DE L’ENVIRONNEMENT

Le Bénin dispose d’une superficie de 114 763 km² avec une zone économique exclusive de 27 750 km² et a une production halieutique nationale oscillant autour de 88 678 tonnes (Direction de la Statistique Agricole, 2023). Le sous-secteur halieutique reste globalement déficitaire en matière de production par rapport aux autres pays de la sous-région.

Néanmoins, la pêche occupe une place non négligeable dans le contexte économique et social du pays, puisqu’elle offre de nombreux emplois et constitue une source importante de revenus pour les populations côtière et agricole. Elle fait vivre plus de 500.000 personnes et contribue un peu plus de 3% au PIB

Les produits halieutiques sont une source de nourriture et de subsistance importante dans le monde, fournissant des protéines accessibles à la grande majorité des populations, notamment pour les populations africaines (FAO, 2016 ; Kouamé et al. 2019).

En effet, le besoin du Bénin en poisson s’élève au moins à 214.000T/an, qui représente plus du double de la production nationale. Ainsi,  l’aquaculture constitue la seule alternative pour l’accroissement de la production intérieure en vue de la réduction des importations massives de poissons afin de satisfaire les besoins des populations. Seulement, les acteurs de cette activité sont confrontés à un problème majeur que constitue la conservation des produits de pêche, étant donné que les poissons suite à leur capture, deviennent très périssables causant une perte de plus de 50%.

Toutefois, pour limiter cette énorme perte, le fumage des poissons s’est imposé comme une méthode de conservation pratiquée par plus de 40.000 fumeuses et fumeurs (IMARES report C072/14). Pour faciliter la conservation et donner un goût aux produits de pêches, ils sont transformés à travers le fumage, le salage et le séchage afin d’être commercialisés. Le fumage des produits de pêche se fait à chaud et de façon traditionnelle au Bénin. Il permet de conserver les produits de pêche grâce à la cuisson, à la déshydratation et à l’action protectrice de la fumée. La température « ambiante » varie entre 60°C et 120°C.L’activité de fumage de poisson et autres produits de pêche est majoritairement féminine. Le fumage des produits de pêche est réalisé par des unités de traitement artisanal sur différentes espèces notamment les poissons et les crevettes. Il s’agit du fumage pratiqué généralement sur les fours traditionnels. Les techniques traditionnelles de fumage de poisson constituent une menace aussi bien pour la santé des consommateurs que celle des femmes et surtout pour l’environnement. Le poisson fumé, très prisé sur le marché, présente d’énormes risques sanitaires en raison des conditions de fumage. Des grillages posés sur des tonneaux décoiffés ou briques superposées, avec comme combustible du bois de mangrove, des fagots de bois et des cartons usagés sont des accessoires habituellement utilisés. Cette technique traditionnelle expose les femmes à la chaleur et à l’inhalation de la fumée. C’est une méthode de fumage qui déclenche un dépôt d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (Hap) sur le poisson. Ce qui est potentiellement cancérigène donc dangereux pour la santé des consommateurs.

En outre, les pratiques de fumage traditionnel qui sont observés au Bénin ne sont pas de nature à garantir la protection de l’environnement et la sécurité sanitaire des fumeuses et des consommateurs. En effet cette pratique, sans règle d’hygiène, ne permet pas de contrôler la fumée et la flamme, contamine le produit, pollue l’environnement, à cause de l’émission permanente des Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAPs), la déforestation et la destruction progressive de la mangrove à travers l’usage du bois de chauffage.

Qu’est-ce qu’une HAP ?

Les hydrocarbures aromatiques polycycliques, souvent abrégés en HAP sont des constituants naturels du charbon et du pétrole. Les HAPs sont des contaminants chimiques dont la formation résulte de la combustion incomplète de produits organiques diverses telles que les carburants, le bois, le tabac… dans l’environnement (air, eau, aliments…), Généralement la contamination des aliments par les HAPs a une origine environnementale c’est-à-dire à travers les émissions dans l‘environnement ou des pollutions technologiques dues à certains procédés de fumage, de séchage ou de cuisson. on les trouve généralement liés aux particules issues de la combustion ou de l’usure des matériaux qui les contiennent, ou sous forme gazeuse dans l’air, pour les plus légers d’entre eux.

Pour limiter l’impact des substances dégradant sur l’environnement, le Bénin a ratifié la Convention de Stockholm signée le 22 mai 2001, entrée en vigueur le 17 mai 2004 ayant pour objectif la protection de l’environnement et la santé humaine des Polluants Organiques Persistants (POPs). Ces dispositions légales permettent de protéger l’environnement et la santé publique contre la pollution et les risques d’intoxication, de toxi-infection, d’infection alimentaire.

La commune de Grand-Popo, est un vivier de mareyeuse.  Les femmes de ladite commune sont s’occupent abondamment du fumage de poisson avec conséquence la  destruction la mangrove et la prolifération des HAPs. L’ONG CADID à travers son projet d’amélioration de la production des groupements de femmes transformatrices de poissons par l’introduction des fours améliorés et écologiques, financé par l’Ambassade de France au Bénin en partenariat avec la Maison de la Société Civile, implique les femmes dans le fumage de poissons au moyen des fours écologiques respectueuses de l’environnement.

L’initiative de ce projet est en lien avec cinq objectifs des ODD à savoir :

Objectif 2 : Eliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable

Objectif 9 : Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation

Objectif 12 : Etablir des modes de consommation et de production durables

Objectif 14 : Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable

ODD 15 : Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des sols et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité.

Avantages du fumage du poisson par des fours améliorés et écologiques

 Le fumage du poisson par des fours améliorés et écologiques est une pratique améliorée de fumage. Elle protège la santé des femmes en leur évitant d’être exposées à la chaleur et la fumée, ce qui leur permet d’évoluer dans des conditions de travail décentes.

  • L’utilisation du four écologique permet un gain de temps car elle réduit le cycle (heure) de fumage, ce qui permet aux femmes transformatrices de mener d’autres activités génératrices de revenus (AGR).
  • Grâce à cette technique, les femmes transformatrices peuvent mettre à la disposition des consommateurs des produits sûrs car les poissons fumés à base des fours écologiques présentent un très faible niveau d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), assurant la sécurité sanitaire des produits. Cela permet également aux opérateurs de pêches d’exporter leurs produits vers des marchés plus rémunérateurs.
  • Le fumage avec la technique à base des fours écologiques  contribue à protéger l’environnement en réduisant la consommation de bois et de charbon. Cette pratique contribue au développement durable de la pêche artisanale en réduisant les pertes post-capture et en prévenant la destruction des mangroves qui sont des sites de frayères pour les poissons.

Conclusion Le présent article apporte une alternative crédible pour libérer les femmes transformatrices agroalimentaires de la tâche chronophage et épuisante qu’est la collecte de bois, permet de réduire les risques de maladies, d’augmenter leurs revenus, améliorant ainsi leurs conditions de vie et préservant l’environnement par l’installation des fours améliorés et écologiques. Par ailleurs les impacts du Projet porté l’ONG CADID sont d’ordres écologique, économique et social. C’est un projet qui se veut innovant et polyvalent avec d’importants avantages pour chacun des acteurs de la chaîne d’approvisionnement.

Auteur : Ghislain MISSEHOUNTON, Directeur exécutif ONG CADID Bénin

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