FEMME ET MANGROVE: UNE DEPENDANCE ECONOMIQUE A MODERER POUR L’EQUILIBRE ECOSYSTEMIQUE

Le Bénin jouit de vastes étendues de végétation luxuriante, véritables trésors verts qui s’érigent en remparts contre le réchauffement climatique. Parmi ces joyaux naturels, les mangroves tiennent une place prépondérante dans le quotidien des communautés riveraines béninoises. Elles atténuent les inondations et les raz-de-marée, tout en contribuant à endiguer la propagation de maladies endémiques telles que le paludisme. Cependant, leur disparition progressive au fil des années sonne l’alarme de réaction urgente à tous égards. 

En effet, La pression anthropique exercée sur les zones humides du littoral béninois induit une dégradation poussée des écosystèmes en général et de la mangrove en particulier. La mangrove de l’arrondissement d’Avlo, Commune de Grand-Popo constitue un exemple éloquent.

L’état de la dégradation de la mangrove de Avlo nous oblige à poser des actions intégrées en vue d’une gestion durable et intégrée de la mangrove de cet arrondissement. L’ONG Convergence d’Actions pour un Développement Intégré et Durable (CADID) propose un modèle innovant qui combine deux éléments : restauration du couvert végétal des écosystèmes et l’usage des fours améliorés et écologiques dans la cuisson à travers son projet intitulé Amélioration de la production des groupements de femmes transformatrices de poissons par l’introduction des fours améliorés et écologiques dans la commune de Grand-Popo. Ledit projet soutenu par l’Ambassade de France au Bénin en partenariat avec la Maison de la Société Civile s’inscrit dans la dynamique de la préservation de la mangrove.3

Qu’est-ce que la mangrove ?

La mangrove est une zone humide côtière. Elle est un écosystème complexe qui regorge des ressources naturelles utiles à la vie. Selon Tiega et Ouedraogo (2012), les forêts de mangroves sont des écosystèmes humides maritimes abritant des végétaux principalement ligneux spécifiques, ne se développant que dans la zone de balancement des marées des côtes basses des régions tropicales et subtropicales. Ce sont des complexes de forêts qui se développent à l’interface entre la mer et la terre et renferment d’énormes ressources biologiques et abiotiques (Adams, 1993 et Dame et al., 2000).

Etat des lieux de La Mangrove de Avlo

Ces dernières années, il est remarqué une dégradation avancée de la diversité biologique présente dans les zones humides due à des pressions anthropiques (surexploitation des ressources halieutiques, coupe anarchique des espèces ligneuses de mangroves et des plantations de cocotier, installation des habitations humaines, mauvaises pratiques agricoles etc.) et naturelles (changement climatique, ensablement des cours et plans d’eau, érosion des berges). 

Avlo est une localité situé dans l’aire communautaire de conservation de la Biodiversité de la Bouche du Roy. Cette localité est située dans la commune de Grand-Popo. C’est une localité située dans la réserve de biosphère transfrontalière du Mono et dans la zone du complexe humide du RAMSAR 1017. L’aire communautaire de conservation de la Biodiversité de la Bouche du Roy est un espace côtier marin qui a une forte potentialité écotouristique à cause de la présence d’écosystème particulier (mangrove), zone de balancement entre la mer et le littoral, zone de forte migration des oiseaux paléarctiques, présence de lamantin d’Afrique, zone de ponte de 4 espèces de tortures marines.

Femme au cœur de la mangrove

Dans ces régions, les femmes indigènes jouent un rôle central dans toutes les étapes de la chaîne de valeur de la mangrove, de la plantation et la récolte jusqu’au transport, à la transformation et à la vente des produits de la mer. Leur dépendance économique à l’égard de la mangrove est élevée, mais leurs activités contribuent également à sa destruction. Par exemple, les pratiques traditionnelles de pêche qui consistent à laisser les branches et les feuilles coupées de palétuviers dans les lacs et les lagunes comme appâts réduisent la taille des huîtres et des poissons et polluent les eaux. De plus, le durcissement des sols causé par la récolte et la replantation répétées limite la croissance des mangroves et favorise la concurrence de la fougère.

De même, les activités de post capture des produits halieutiques notamment le fumage de poissons amènent les femmes à exploiter abondamment la mangrove dont le bois sert de combustibles dans le fumage de poisons. Cette pratique liée à la survie des femmes et des populations habitant les zones humides à forte presence de mangrove.

Actions contre la destruction de la mangrove

 L’ONG Convergence d’Actions pour un Développement Intégré et Durable (CADID) s’intéresse au sujet et en fait son chemin de bataille à travers des actions ponctuelles et concrètes. Il s’agit dans un premier temps d’éduquer les communautés sur la restauration de l’habitat en incluant les femmes dans les projets de reconstitution du couvert végétal. Cette initiative a cours dans la commune de Grand-Popo et se veut être un catalyseur du changement. Il consiste aussi à introduire des fours améliorés et écologiques qui permettront  une transformation de poissons dans les conditions saines et respectueuse de l’environnement sans destruction de la mangrove. En travaillant de concert avec les femmes transformatrices de poissons, nous les aidons à devenir non seulement des actrices essentielles de l’économie locale mais aussi des protectrices engagées de notre écosystème.

MISSEHOUNTON Ghislain

Directeur Exécutif de l’ONG CADID

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