Le repos biologique : alternative efficace à la raréfaction des espèces halieutiques et la protection de l’écosystème marin.
Les ressources halieutiques étant des ressources qui se reconstituent par reproduction, leur utilisation durable est possible si elles sont gérées de manière appropriée. Cependant, dans la mesure où, la liberté des activités de pêche est garantie et l’accès aux ressources de pêche est libre, une compétition prend place pour la capture des poissons à forte valeur marchande, qui entraîne une destruction progressive des ressources.
La pauvreté des villages de pêcheurs est un problème important. Un peu partout, on observe le même cercle vicieux : le faible revenu des pêcheurs qui entraîne une augmentation de l’effort de pêche, avec pour résultat une constante diminution des ressources halieutiques et une pauvreté encore plus prononcée. De nombreux pêcheurs sont conscients de la nécessité de gérer les ressources, mais plus qu’à celle-ci, c’est à leur vie quotidienne qu’ils sont obligés d’accorder la priorité.
Aujourd’hui, selon l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus d’un tiers des réserves de poissons sont touchées par la surpêche et les pêcheurs artisanaux en subissent de plein fouet les conséquences.
En Afrique de l’Ouest, la lenteur de la gouvernance, la pêche illégale non déclarée et non réglementée, l’usage des filets à mailles très serrées et la surexploitation des stocks de poissons par des industries lourdes, bateaux frigorifiques laissent dans leur sillage de lourdes conséquences environnementales et pécuniaires sur les côtes pour les communautés locales et la disparition des espèces halieutique.
Face à la raréfaction de l’espèce halieutique sur nos côtes, il est important de proposer des mesures palliatives. L’une des meilleures à nos jours est le repos biologique.
En effet, le repos biologique halieutique est l’arrêt de la pêche pendant la période de reproduction des poissons. C’est l’acte par lequel on décide de la non-exploitation d’une ressource halieutique dans un environnement donné, pendant une période donnée. Il peut être décrété par les utilisateurs de la ressource parce qu’ils veulent lui laisser un temps afin de lui permettre une meilleure reproduction.
Il peut de aussi être décrété par une autorité en charge de la gestion de cette ressource, les démembrements de l’Etat ou les structures de l’Etat à qui il a été confié cette charge. En d’autres termes, le repos biologique permet à une ressource naturelle donnée de ne plus être exploitée pendant un temps de sorte que la population de cette espèce puisse se développer et permettre une exploitation après le temps correspondant à la période de repos biologique.
Outre le but premier de protection des œufs produits, il s’agit surtout de diminuer la pression exercée sur le stock dans son ensemble et d’éviter une trop grande déstabilisation de sa structure démographique. Celui-ci tente ainsi de réguler la pression de pêche subie par certains stocks de poissons, en instaurant des fermetures temporaires et locales.
CHOIX DE LA PÉRIODE DE REPOS BIOLOGIQUE
Pour définir un repos biologique, il est important de tenir compte de deux paramètres. Dans un premier temps, de la période de repos favorite de l’espèce (le moment privilégié de reproduction) dans une année.
Le second élément, c’est la durée de la reproduction. Il faut une période donnée pour boucler le cycle de repos biologique avant que la pression d’exploitation ne recommence. Il faut pouvoir identifier dans une année, les périodes de reproduction favorables aux différentes espèces et le temps que dure la période de reproduction, afin que le repos biologique puisse être davantage efficace. Les marchés peuvent aussi bénéficier de la mise en place du repos biologique, qui évite les débarquements de poissons ponctuels et massifs, générateurs d’une baisse des prix, voire d’invendus.
OBJECTIF ET UTILITÉ DU REPOS BIOLOGIQUE
Le repos biologique a un principal objectif, c’est de garantir la durabilité de la pêche. C’est en fait un mécanisme pour assurer une disponibilité continue de poissons de sorte que le capital minimum qui doit se reproduire ne soit pas exploité pour entacher l’utilisation durable de la ressource. La pêche contribue à une part importante du Pib des pays. Dans les zones rurales qui ont un potentiel en matière de pêche, on se rend compte que les communautés dépendent à plus de 60 % de cette activité pour leur suivi selon Juste DJAGOUN dans un reportage sur le repos biologique. Si à un moment donné, la pêche venait à ne plus être durable, cela veut dire que les revenus des communautés s’amenuisent, parce que les populations pêchent moins de poissons. Lorsque ce problème se pose à l’échelle d’un village ou d’une communauté, cela peut créer une insécurité alimentaire grave, du fait de la baisse drastique des revenus des populations.
L’arrêt momentané de la pêche est opportun dans la mesure où il permet aux espèces halieutiques de pouvoir se reproduire sans être menacées. C’est un processus de reproduction qui permet à des juvéniles de recoloniser l’environnement naturel. Cette fermeture donne la chance à un nombre plus important d’espèces halieutiques adultes de pouvoir se reproduire avant d’être exploitées. La fermeture saisonnière contribue à la durabilité de la pêche. Elle aide les espèces halieutiques à boucler leur cycle de reproduction. Pour que cette fermeture soit bénéfique, elle doit cibler la période de l’année correspondante et être programmée sur une durée adéquate.
En effet, l’utilité du repos biologique est d’avoir plus de ressources halieutiques dans un environnement donné. Son utilité se mesure encore plus à partir des efforts de pêche que les pêcheurs déploient après une fermeture saisonnière. On peut en apprécier l’efficacité sur la base des quantités de poissons que les pêcheurs arrivent à ramener à la phase d’ouverture de la pêche.
Les bienfaits du repos biologique sont nombreux. Au nombre de ceux-ci, on a : l’augmentation de la taille et de la quantité des poissons, la préservation de la biodiversité marine, et la protection des écosystèmes côtiers. En permettant aux espèces de se régénérer, cette pause permet également aux pêcheurs de réaliser de meilleures prises à long terme.
L’ONG CADID, tout comme de nombreuses structures œuvre dans le domaine de l’environnement en promouvant des moyens écologiques tels que la protection des espaces côtiers, la lutte contre la pollution des cours d’eau, la reconstitution de la faune et de la flore végétale afin de sauvegarder au mieux l’environnement.
Dans nos prochaines publications, nous aborderons les aspects cultuel et culturel du repos biologique.
Ghislain MISSEHOUNTON, Directeur Exécutif de l’ONG Convergence d’Actions pour un Développement Intégré et Durable (ONG CADID)
